Ça commence comme ça...
L' homme s' est mis à marcher quand elle est passée devant lui. Elle a alors accéléré le pas, en osant un coup d' oeil par-dessus son épaule. Il était trapu, le crâne rasé, la peau sombre, vêtu d' un blouson noir. Il marchait derrière elle, les mains dans les poches. Elle avait vu ses yeux. Ses yeux qui l' avaient regardée.
Malgré tout ce qu' on lui avait appris, la confiance en soi, l' auto-défense, les beaux discours de bienveillance envers les inconnus, le rejet des préjugés... la peur, cette peur honteuse était là, marchait sur ses pas. Il lui semblait même que l' homme venait de dire quelque chose. Elle s' entendit essayer d' articuler ce qui ressemblait à un non. Paralysée par la peur, la proie n' a pas la force de se retourner, de faire un scandale, de tenter d' effrayer son prédateur. Elle continuait à marcher. Comme face à un molosse qu' on devine dangereux, elle s' efforçait de ne pas montrer sa terreur, pour ne pas l' encourager. Pour l' instant rien ne s' était encore passé. Elle avait des amis, des projets. Sa vie d' étudiante suivait son cours. Mais il allait se passer quelque chose, au fond d' elle, la fille le savait. Quelque chose qui détruirait son passé, son avenir, et qui l' éloignerait à tout jamais de l' insouciance.
Elle s' était efforcée, dans toute son attitude, de signifier son assurance, son rejet, sa détermination de femme qui n' était pas du genre à se laisser faire, comme si elle était encore en position de choisir. Comme si, seule dans la rue, elle pouvait encore faire comprendre à un individu trop entreprenant de ne pas insister. Ils n' étaient que deux. Elle avait sa morale, lui avait la sienne, et un gouffre physique de quarante kilos de muscles les séparait. Et c' est tout ce qui comptait.
L' homme s' est mis à marcher quand elle est passée devant lui. Elle a alors accéléré le pas, en osant un coup d' oeil par-dessus son épaule. Il était trapu, le crâne rasé, la peau sombre, vêtu d' un blouson noir. Il marchait derrière elle, les mains dans les poches. Elle avait vu ses yeux. Ses yeux qui l' avaient regardée.
Malgré tout ce qu' on lui avait appris, la confiance en soi, l' auto-défense, les beaux discours de bienveillance envers les inconnus, le rejet des préjugés... la peur, cette peur honteuse était là, marchait sur ses pas. Il lui semblait même que l' homme venait de dire quelque chose. Elle s' entendit essayer d' articuler ce qui ressemblait à un non. Paralysée par la peur, la proie n' a pas la force de se retourner, de faire un scandale, de tenter d' effrayer son prédateur. Elle continuait à marcher. Comme face à un molosse qu' on devine dangereux, elle s' efforçait de ne pas montrer sa terreur, pour ne pas l' encourager. Pour l' instant rien ne s' était encore passé. Elle avait des amis, des projets. Sa vie d' étudiante suivait son cours. Mais il allait se passer quelque chose, au fond d' elle, la fille le savait. Quelque chose qui détruirait son passé, son avenir, et qui l' éloignerait à tout jamais de l' insouciance.
Elle s' était efforcée, dans toute son attitude, de signifier son assurance, son rejet, sa détermination de femme qui n' était pas du genre à se laisser faire, comme si elle était encore en position de choisir. Comme si, seule dans la rue, elle pouvait encore faire comprendre à un individu trop entreprenant de ne pas insister. Ils n' étaient que deux. Elle avait sa morale, lui avait la sienne, et un gouffre physique de quarante kilos de muscles les séparait. Et c' est tout ce qui comptait.